Cette semaine, j’ai fait une très belle rencontre.

J’ai discuté avec Rodolphe Dutel, fondateur de Remotive.io, un projet incroyable qui aide ceux qui cherchent un emploi en remote. Avec Valentin, qui m’accompagnait, nous avons beaucoup discuté avec lui de comment un projet se lance et des premiers pas qui le font grandir.

Cela m’a fait réfléchir. Quand on se lance, il y a finalement deux approches que l’on peut prendre : celle de l’aventurier, et celle du bibliothécaire.

L’histoire de l’Aventurier

L’aventurier fait parti des audacieux. Il a foncé très tôt tête baissée dans la jungle. Il a avancé pas à pas entre les fougères menaçantes, il a taillé d’un geste vif les lianes sauvages l’empêchant d’avancer, il s’est confronté avec bravoure à des animaux menaçants.

Et après son périple, il sort de la forêt, esseulé, mais porteur d’un message unique.

Il a affronté les dangers et il s'en est sorti. Il a quelque chose à partager. Il peut vous montrer comment faire à votre tour. Des cicatrices ornent son bras droit et une barbe hirsute tapisse ses joues. Mais ce ne sont finalement que des histoires passionnantes à raconter qui témoignent de son parcours.

Quand on entreprend, adopter la posture de l’aventurier demande une grande honnêteté. Si vous n’êtes pas allés dans la forêt, cela va vite se voir. Votre manque de légitimité vous mènera droit vers l’échec.

Vous ne pouvez pas leurrer les autres. C’est le cas des vendeurs de rêve. Ils promettent un salaire facile et des techniques qui fonctionnent à merveille, mais ils n’ont jamais affronté le chemin périlleux. Ils se sont souvent arrêtés à l’orée de la forêt.

La deuxième approche est celle du Bibliothécaire

Le bibliothécaire, lui, est sur le chemin. Depuis sa bibliothèque, il creuse, farfouille, cherche activement des réponses. Il mène une quête. C’est une quête longue et passionnante : celle de la connaissance, celle de la certitude. Il cherche le vrai.

A chaque pari, il est plus proche de la vérité. Et c'est dans cette quête qu'il se réalise.

Sa posture est très différente de l’aventurier : tous ses jalons sont ponctués de partage. Il raconte ses errements, ses pérégrinations et les leçons qu’il tire. Il le fait plein d’humilité, car il ne prétend pas posséder la science infuse. Il mène un effort méticuleux de recherche. Il prend l’initiative de creuser, et en ce sens, il est admirable.

Le bibliothécaire, lorsqu'il est entrepreneur, adopte la position de l’apprenant. Il partage son humanité. Oui, il fait des erreurs. Mais il ose se lancer et expérimenter. Son partage est bien plus qu’un divertissement pour son auditoire, c’est une source de connaissance.

Cette dualité me pose beaucoup de questions

Je me demande comment ma vie évoluera et les petits pas que je peux faire en ce sens. Qu’est-ce que j’ai envie d’apprendre ? Qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ? Comment je veux me développer dans les années à venir ?

Dans notre culture française, quand on veut quelque chose, on pense à comment y parvenir le plus vite possible. Notre échelle temporelle est très courte : quelques mois, au plus quelques années. Mais ce n'est pas le cas des cultures japonaises ou indiennes. Ils pensent leurs projets sur 4 ou 5 ans, voire une décennie !

Cela change tout. En 10 ans, vous avez largement le temps de rentrer dans la forêt, la parcourir et en ressortir pour transmettre votre expertise.

Et dans ma situation, je me rends compte que je ne peux pas avoir aujourd’hui la posture de l’aventurier. Il y a bien sûr des sujets où j'ai une expertise, mais attention à l’aveuglement. Pour être vraiment l’aventurier, il faut avoir bravé la forêt, sous peine de leurrer les gens.

J’ai envie d’aider les créateurs, d’aider ceux qui hésitent à se lancer. Mais je ne suis pas encore un explorateur chevronné. J’ai très peu créé. Je complète mes connaissances, mais il me manque de la bouteille.

J'ai fait le choix d'être aujourd'hui un bibliothécaire. Et ce n'est là quelque chose de chiant. C’est l'approche qui me ressemble le plus : je suis sur le chemin, j’ai envie de créer de mes dix doigts et de partager mes petites expérimentations avec humilité.

Et qui sait, dans quelques années, j’aurais peut-être à mon tour parcouru ma première forêt ?

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